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vendredi 11 août 2006 à 16h00

EN FAIT, ANDRE AVAIT ENTIEREMENT RAISON DANS SA LETTRE DE SEPTEMBRE 2003… VOIR CI-DESSOUS :

« LES DERIVES D’ATTAC : NIKONOFF, SOUS MARIN DU PCF FAIT SURFACE… »

On a pu s’interroger sur les raisons qui ont poussé B.Cassen, le premier président d’ATTAC, à coopter J.Nikonoff pour prendre sa succession.Bien sûr, il est de bon aloi au sein d’ATTAC, de ne pas faire état publiquement de son affiliation à tel ou tel parti politique. Mais lorsqu’il s’agit de présider une association comme ATTAC qui se veut transversale aux partis politiques, il n’est pas indifférent de savoir que celui qui est mis en place à une telle fonction est précisément membre de tel parti. Surtout lorsqu’il n’accède pas à cette fonction par la voie démocratique de l’élection par l’ensemble des adhérents. Une telle mise en place n’avait pas été d’ailleurs sans susciter alors bon nombre de réactions dubitatives voire négatives.

Il semble qu’on y voit un peu plus clair maintenant dans la stratégie qui devait conduire à la Présidence d’ATTAC , J.Nikonnoff, membre du parti communiste français. Chacun le sait, un certain nombre de groupes ATTAC départementaux se trouvent noyautés et pratiquement dirigés par des militants de la LCR.. Ne fallait-il pas enrayer de façon ou d’une autre un tel entrisme tellement contraire à l’esprit d’ATTAC ?

Qui mieux qu’un militant communiste du PCF était à même de le faire ? L’aversion phobique et récurrente du PCF pour tout ce qui le menace sur sa gauche et qu’il dénonce pêle-mêle comme « gauchiste » lui redonnerait à la fois une certaine crédibilité institutionnelle dans le petit microcosme politicien et le présenterait comme un élément incontournable et responsable d’une recomposition d’une gauche exsangue. Par ailleurs n’était-il pas dangereux de laisser croire qu’un mouvement comme ATTAC se trouvait peu ou prou noyauté par un parti s’affichant comme « révolutionnaire » sans s’être jamais confronté à la gestion des affaires publiques ? ATTAC ne s’en trouverait-il pas à terme gravement décrédibilisé ?

Le « pompage » par un parti irresponsable de ses meilleurs analyses concernant la mondialisation libérale n’introduirait-il pas à gauche une certaine confusion entre les partis à vocation de gouvernement et les partis à seule vocation contestataire… ?

D’autant que dans la débandade des partis « de la gauche plurielle » compromis avec la politique sociale libérale de Jospin, la déconfiture du PS et les atermoiements des Verts, on pouvait penser que même s’il s’était lui-même gravement compromis dans la politique mondialiste de l’ultra libéralisme dénoncé par ATTAC, le PCF, malgré ses scores électoraux désastreux (de l’ordre de 3% aux présidentielles) restait sans doute néanmoins le seul susceptible de rebondir.

Ayant touché le fond, n’était-il pas le mieux placé pour remonter à la surface jurant ses grands dieux qu’on ne l’y reprendrait plus ? ! On peut se tromper, non ? même si cela devient récurrent au PCF !… Cependant, doté d’infrastructures locales encore solides, encore honorablement représenté dans certaines collectivités territoriales, reconnaissant ses erreurs gouvernementales, proclamant haut et fort qu’il restait le seul garant et le héraut d’une vraie transformation sociale (sans pour autant dire, il est vrai, comment et avec qui il s’y prendrait, ni proposer, lors d’une prochaine alternance, ne serait-ce que les grandes options d’une véritable politique alternative), le PCF pouvait espérer devenir le fer de lance d’une reconstruction d’une gauche multipolaire et rendre l’espoir aux millions d’hommes et de femmes déçus par une « sociale démocratie » acquise au capitalisme et à l’économie de marché ultra libérale mondialiste.

Le PCF, fort de ses increvables militants, pouvait toujours rêver… ou du moins toujours « faire rêver » les « gens » ! Parti politique reconnu au sein du microcosme politicien, même s’il est de plus en plus rejeté et ignoré de ceux qu’il se dit avoir mission de regrouper, les petits, les pauvres, les ouvriers, les classes défavorisées et ghettoïsées des « banlieues », bref, ce que le chanoine Raffarin appelle la « France d’en bas », le PCF reste un parti respectable dans la course au pouvoir, même s’il n’est plus guère respecté par les « gens ». Il faudra encore compter avec lui lorsque les Français, épuisés et lessivés par quelques années de gouvernement-MEDEF, voudront émerger du marasme social dans lequel l’aura plongé la girouette Chirac pour qui tous les partis de gouvernement avaient appelé à voter en avril 2002. Et en prévision d’échéances qui ne manqueront pas de survenir, le PCF a des cartes à jouer. N’ayant constitué qu’un force d’appoint dans la sociale démocratie du PS, il peut, plus aisément que ce dernier, toute honte bue et relevant la tête pour la nième fois, se dédouaner des raisons de l’échec de la « gauche ».

Mais dans la perspective d’une refondation d’une nouvelle gauche, les partis de l’ancienne « gauche plurielle » doivent désormais compter avec la montée en puissance d’une « extrême gauche » qui a ravi aux partis de gouvernement plusieurs millions d’électeurs désabusés et déçus. Or ces partis, essentiellement le LCR et LO constituent un vrai danger pour les partis représentés à l’Assemble Nationale. L’un d’entre eux, la LCR s’est mis en tête d’investir une association qui refuse d’entrer dans le jeu politicien mais dont les analyses économiques et sociétales constituent des outils de qualité pour mettre en cause le système néo-libéral capitaliste mondialiste. En l’absence de tout programme crédible de gouvernement, de telles analyses, mêmes si elles sont souvent dévoyées au profit d’une démagogie révolutionnaire irresponsable, donnent à la LCR un semblant de crédibilité même si ses cadres sont davantage issus du secteur tertiaire ou du secteur public que des « masses laborieuses ».

Le style et les objectifs « révolutionnaires » affichés de ces partis qui, bien qu’ils disent se situer à la gauche du PCF, sont constitués selon les mêmes principes que les partis politiques traditionnels (structure pyramidale, hiérarchique, corpus de « doctrine » défini au sommet par un Organe central, centralisme « démocratique », discipline de parti etc.) représentent des concurrents non négligeables dans la course au pouvoir, ne serait-ce que par les voix qu’ils prennent à la « gauche respectable ». Parce qu’ils fonctionnent comme lui, parce qu’ils se proclament « communistes », ils ne peuvent pas ne pas être des adversaires redoutables pour le PCF. Parce qu’ils acquièrent une audience certaine dans les couches « populaires », ils constituent la cible première d’un Parti Communiste Français.

Or, que de tels militants investissent durablement un mouvement comme ATTAC est aussi dangereux pour ATTAC que pour le PCF. Le noyautage de la LCR, programmé au sommet, est redoutable pour ATTAC qui continue d’affirmer son refus de s’engager politiquement et sa vocation d’éducation citoyenne. Mais il l’est aussi pour le PCF qui paraît rester à la traîne de la critique altermondialiste.

On comprendra qu’il était difficile à un universitaire comme B.Cassen qui se refusait à entrer dans quelque jeu politicien que ce soit et qui affirmait bien haut qu’ATTAC est un mouvement ouvert à tous, de s’engager dans une lutte frontale contre des « gauchistes » ou des « extrémistes » en dénonçant l’entrisme d’un parti politique qui par ailleurs trouvait dans ATTAC des outils pertinents d’analyse économique, ce dont on ne pouvait d’ailleurs que se réjouir. Mais se servir d’ATTAC comme d’un tremplin d’attrape gogos ou comme une plate forme de propagande pour son propre développement devenait inacceptable et décrédibiliserait le mouvement. Conscient de la difficulté, B.Cassen préférait faire faire le ménage par un autre que lui. C’est ainsi que fut coopté J Nikonoff.

Qu’hier Nikonoff réponde à l’invitation de Chirac pour bavarder avec lui à l’Elysée sur la mondialisation libérale, on peut le comprendre, lui qui en avril dernier avait voté et appelé à voter pour lui ; il s’agissait alors pour une gauche plurielle sonnée et défaite de mettre en scène le psychodrame nécessaire pour que les apparatchiks de tous les partis, du PS à la LCR, gardent leur troupes en main, ou ce qui l’en restait, en vue d’une alternance qui finirait bien par se produire un jour. Avouons cependant qu’on était déjà là au début d’une dérive politicienne qui s’accroît de jour en jour. ATTAC est un mouvement qui regroupe une majorité d’hommes et de femmes qui, bien qu’ayant une conscience politique personnelle, n’ont jamais adhéré à un parti politique ou bien l’ont quitté par refus d’embrigadement institutionnel ou idéologique, mais aussi parc qu’ils ont conscience que l’ère de « Partis » touche à sa fin. ATTAC est composé de citoyens adultes qui n’ont que faire de mises en garde ou de consigne de vote émanant de « dirigeants » et dont la majorité recherche et explore de nouvelles voies permettant de « changer la société » sans forcément « prendre le pouvoir », du moins tel qu’il s’exerce aujourd’hui.

Or, donner des consignes de vote à des gens qui considèrent la démocratie représentative, telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée, comme une démission citoyenne, entrer dans un jeu de tactique politicienne totalement inefficace quant à la naissance d’une « autre façon de faire de la politique », proférer des « mise en garde » envers des groupes qui ont l’ambition de fonctionner « autrement » en instaurant des nouvelles structures de participations responsables, constituent des régressions majeures dans la volonté affichée d’instaurer un « autre monde » et une « autre société ».

Quoi d’étonnant qu’ATTAC soit ainsi invité en rentrer dans le rang du conformisme politique par un membre d’un Parti qui n’a rien appris de ses échecs ni rien oublié de ses compromissions avec le pouvoir étatique en plus de cinquante années d’Histoire !

Que Jacques Nikonoff fustige aujourd’hui, les éternels « gauchistes » (entendez des groupes ou des individus « irresponsables » qui ont le tort de cheminer et de penser librement dans l’exploration de nouvelles voies sociétales et bien dont les idées ne sont pas moulées dans un cadre idéologique bien repérable ou pré mâchées par des idéologues patentés ) dans les mêmes termes et pour les mêmes raisons que tous les communistes l’ont fait depuis toujours, cela devient intolérable.

Le sous-marin du PCF Nikonoff est en train de faire surface, lui qui m’écrivait dernièrement que son appartenance du PC ne regardait que lui, au même titre que ses convictions religieuses, confirmant par là, si besoin en était, que le communisme peut toujours être assimilé à une religion et le PCF à une Eglise … Mais de cette église et de cette religion, les Français n’en veulent plus. Les partis politique, écuries de la course au pouvoir, ont fait faillite. Il faut trouver d’autres façon de « faire de la politique », de faire participer les citoyens au choix de société qui commandent leur destin et l’avenir du monde. Inversant la course folle d’une croissance délétère destructrice de l’Homme et de la nature, ceux qui ne désespèrent par de l’Homme doivent explorer de nouvelles voies de vie en société, tant au plan économique qu’au plan politique.

Lorsque J.Nikonoff m’écrivait dernièrement qu’il fallait se méfier du noyautage d’ATTAC par les partis politiques (entendez la LCR), je comprends mieux aujourd’hui que c’était une façon comme une autre de donner le change. Mieux vaut sans doute pour lui bien évidemment qu’ATTAC contribue à constituer la nouvelle plate forme idéologique d’un PCF relooké et à apporter du sang neuf à un parti exsangue. Mais peut-on ressusciter un cadavre, même s’il bouge encore. Peut-on mettre du vin nouveau dans de vieilles outres ?

On vous remercie de vos conseils, Monsieur Nikonoff. Mais nous n’avons pas besoin de vos consignes tacticiennes et n’avons que faire de vos conseils institutionnels. Nous sommes de grands garçons et de grandes filles. Nous avons passé notre vie à lutter contre l’injustice d’une société » fondée sur le Fric.

Certes, il ne faut pas opposer les « forces sociales » au politique, mais aujourd’hui il faut prendre acte que les forces sociales s’opposent bel et bien à LA politique, j’entends celle des partis politiques qui se sont tous discrédités et prostitués avec un capitalisme ultra-libéral vis à vis de qui ils ne proposent aucune alternative crédible.

Or, sachez le bien ce sont bien ces forces sociales, dégoûtées de la politique politicienne et que vous stigmatisez comme « gauchistes » qui sont le fer de lance de cette véritable alter mondialisation que vous appelez de vos vœux pieux. Comme l’étaient les forces sociales de mai 68 que vous avez obligé de rentrer dans le rang ! Ce sont bien ces forces sociales qui veulent changer le monde sans prendre le pouvoir, bref, créer un nouvelle société.

Je persiste à penser (ou à espérer) que la grande majorité des adhérents d’ATTAC n’adhère à aucun parti politique et ont de bonnes raisons pour cela. Il ne faudrait pas que tel ou tel parti en « profite » pour y « faire son beurre » et se refaire, au delà de décennies d’erreurs et de compromissions, une sorte de virginité politique aux yeux des millions de « gens » qui ont de bonnes raisons eux aussi de se détourner de tout engagement au sein d’un parti, quelqu’il soit.

André Monjardet septembre 2003
http://perso.orange.fr/monjardet/

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