De quoi Sarkozy est-il le nom ?

Publié le dimanche  13 avril 2008

par  Jean-Paul Engélibert
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Le dernier livre d’Alain Badiou est un petit ouvrage rapide et nerveux. En ces temps de désorientation, il rappelle simplement et utilement quelques vérités à ne pas oublier.

JPEG - 8.6 ko Polémique et n’ayant pas peur d’ironiser, Badiou propose d’appeler le nouveau président « l’homme aux rats ». Un surnom motivé non seulement par la référence au célèbre cas de Freud (dans Cinq psychanalyses), mais aussi par une définition précise - et précieuse - du « rat » : le rat est celui qui, « prisonnier de la temporalité d’opinion (…) a besoin de se précipiter dans la durée qu’on lui offre, sans être du tout en état de construire une autre durée ». Le rat, ne pouvant se projeter dans l’avenir, renonce à s’opposer à un pouvoir qui promet de rester longtemps en place et accepte facilement de renier ses engagements passés quand le maître sollicite ses services. Dans le portrait du rat, on reconnaît aisément plus d’un ministre d’« ouverture ».

Comment réagir à cette élection catastrophique ? Le rat nous donne malgré lui une indication. Puisqu’il succombe faute de savoir construire une durée qui lui soit propre, la résistance se trouve dans la capacité à « tenir un point », écrit Badiou, avec fermeté et courage, c’est-à-dire à affirmer une idée et à en faire le point de départ d’actions collectives et persistantes. Badiou donne une liste, un peu éclectique, sans prétention à l’exhaustivité, de huit « points », tous porteurs de luttes. Ainsi « Assumer que tous les ouvriers qui travaillent ici sont d’ici » : pierre angulaire de toute lutte pour les droits des étrangers, avec et sans papiers. Ou encore : « Un journal qui appartient à de riches managers n’a pas à être lu par quelqu’un qui n’est ni manager ni riche » : point facile à mettre en œuvre et dont il faudrait assumer rigoureusement les conséquences. Ou encore, un point qui nous intéresse, nous altermondialistes, tout particulièrement : « Il y a un seul monde ». Badiou, qui se méfie par ailleurs des altermondialistes, le croit si important qu’il y consacre un chapitre entier, concentré sur la question des sans-papiers.

Le cœur de la thèse de Badiou est que la disposition subjective qui a permis l’élection de l’homme aux rats est ce qu’il appelle le « pétainisme ». Non pas le pétainisme historique, celui du Maréchal, mais un pétainisme « transcendantal », qui est une attitude de peur et de défiance, une pulsion conservatrice qui serait typique de la société française depuis près de deux siècles, précisément depuis 1815 et la Restauration. Pour se protéger des tourmentes de l’histoire, les Français se réfugient depuis, dans les périodes post-révolutionnaires, dans le service des intérêts des puissants. Puissants de l’intérieur (les banquiers, les industriels) et de l’extérieur (en 1940 l’Allemagne, aujourd’hui les États-Unis) dont on recherche l’approbation à tout prix. Le « pétainisme » se présente comme « rupture » ou « révolution » alors qu’il est réaction. Il prétend réagir à une crise morale - « en finir avec mai 68 » - pour légitimer de nouvelles formes de répression. Il prend pour cible un événement néfaste qui aurait précipité le pays dans la Crise, pour se poser en restaurateur de l’ordre et du devoir. Son modèle dans cette entreprise est toujours à l’étranger, dans les figures les plus notoires de la réaction (aujourd’hui, le double modèle Bush-Blair remplit cette fonction). Enfin, il a toujours une composante « racialiste » et son asservissement aux puissants s’accompagne d’un mépris souverain pour ceux qu’on expulse sans se soucier de ce qu’ils deviendront hors de nos frontières. La maxime du pétainisme se dit : « protégeons-nous de l’histoire et tenons-nous en dehors de ses tourmentes ; si des étrangers doivent être expulsés pour qu’on reste tranquille, que la police fasse son travail et fermons les yeux ! »

Intelligent, drôle, roboratif, plein de formules à retenir et à discuter, le livre de Badiou fait du bien. Il n’y en a pas tant dont on puisse le dire.

De quoi Sarkozy est-il le nom ? Editions Lignes, 2007, 155 pages, 14 euros.


Commentaires

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samedi 28 août 2010 à 12h04 - par  tamara29

Une présentation qui a le mérite de nous donner les grandes articulations de ce livre et ce de manière objective. Il est louable que certains autochtones se rendent compte de certaines dérives qui n’ont pour but que d’indexer l’étranger comme source des crises alors que ces mêmes étrangers ont souvent permis à la France de se relever, remémorons nous l’avant guèrre et l’après guerre, des colonies ont servies de puits à trésor. Merci

dimanche 18 mai 2008 à 09h30

Super, je vais l’acheter ; Dominique

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