Augmentons les cotisations patronales !

Publié le vendredi  12 février 2010

par  Faugeron Daniel
popularité : 17%

Pierre Khalfa sera l’invité du prochain atelier d’économie du comité local, le samedi 13 mars à 14h au siège d’Attac. Plus d’informations.

Les mesures prises depuis 1993 pour résoudre la question du financement des
retraites ont entraîné une baisse générale du niveau des pensions qui n’est
plus contestée. Cette baisse devrait se poursuivre et le décrochage par
rapport aux salaires s’accentuer. Selon le Conseil d’orientation des
retraites (COR), le taux de remplacement moyen - niveau de la retraite par
rapport au salaire - était en 2007 de 72 %, il devrait passer à 65 % en 2020
et à 59 % en 2050. Ces mesures ont aggravé les inégalités pour les personnes
aux carrières heurtées. Les femmes, qui ont déjà des pensions inférieures de
40 % aux hommes, sont très touchées.
On programme donc une paupérisation des futurs retraités. Après avoir engagé
un processus d’allongement permanent de la durée de cotisation, le
gouvernement veut maintenant retarder l’âge légal de départ à la retraite.
Ce report aurait pour conséquence de remettre aussi en cause la borne des 65
ans, âge qui permet d’avoir une retraite à taux plein.

Pour justifier ce report, on nous cite les autres pays européens. Ainsi,
l’Allemagne a programmé de reculer l’âge de départ à la retraite à 67 ans.
Si les Allemands, et d’autres, le font, pourquoi pas nous ? Sans même
discuter de la validité d’une telle mesure pour ces pays, et au-delà du fait
que copier ce qui se fait ailleurs n’est pas d’une grande originalité
politique, remarquons que la France est une exception démographique en
Europe.

Alors que le taux de fécondité y a été de 2,02 enfants par femme en 2008,
les autres pays européens sont en situation d’implosion démographique,
l’Allemagne par exemple peinant à atteindre 1,4 enfant par femme. Vouloir
s’aligner en matière de retraite sur d’autres pays européens revient à
vouloir appliquer la même politique de chauffage à Helsinki et à Palerme.

Grande hypocrisie

Mais surtout, vouloir faire travailler les salariés plus longtemps relève
d’une grande hypocrisie. On sait en effet que six salariés sur dix sont hors
emploi au moment de faire valoir leur droit à la retraite, et les mesures
successives prises par le gouvernement pour changer cette réalité n’ont
abouti à rien. Hypocrite, cette solution est aussi dangereuse car elle
revient à rompre le contrat entre générations.

Si les actifs paient les pensions des retraités, en contrepartie, les
salariés âgés laissent leur place sur le marché du travail aux nouvelles
générations. Cette exigence est d’autant plus forte que le chômage de masse
perdure. Décaler l’âge de départ à la retraite revient à préférer entretenir
le chômage des jeunes plutôt que payer des retraites.

On nous rabâche que vivre plus longtemps impose de travailler plus
longtemps. Mais est-ce une solution acceptable alors même que les conditions
de travail se détériorent, que la souffrance au travail se développe ?
Est-ce que le sort des êtres humains est de travailler jusqu’à n’en plus
pouvoir pour que les dividendes versés aux actionnaires continuent leur
croissance faramineuse ? Car, comme le note l’Insee, si l’espérance de vie
augmente, l’espérance de vie « en bonne santé » n’est que de 64,2 ans pour les
femmes et de 63,1 ans pour les hommes. Les salariés ont donc peu de temps
pour profiter de leur retraite. Alors que la productivité du travail ne
cesse de progresser, il faut travailler non pas plus, mais moins !
D’ailleurs, l’accroissement de l’espérance de vie ne date pas d’aujourd’hui
et s’est accompagné d’une baisse continue de la durée du travail. C’est ce
qu’on appelait le progrès…

La solution au financement des retraites existe et elle figure d’ailleurs en
filigrane de tous les rapports du COR. Elle consiste à mettre un terme à la
baisse de la part salariale (10 points en vingt ans) dans la valeur ajoutée
et à accompagner l’évolution démographique par un relèvement progressif des
cotisations sociales. Est-ce possible ? Le besoin de financement
supplémentaire des retraites, par rapport à la loi Fillon de 2003, a été
estimé par le rapport du COR de 2007 à un point de PIB en 2020 et à 1,7
point en 2050. Personne ne peut croire que l’évolution de l’économie ne
permettra pas de le couvrir. Un point de PIB correspondait en 2007 à 10 %
des dividendes versés aux actionnaires des sociétés non financières.

Il est normal, dans une société qui comporte plus de retraités, d’accroître
la part de la richesse produite qui leur est consacrée. Le tabou à faire
sauter est le refus d’augmenter le taux des cotisations patronales. Un tel
rééquilibrage de la part des salaires dans la valeur ajoutée serait compensé
par une baisse des dividendes versés aux actionnaires et ne pénaliserait pas
l’investissement productif, ni la compétitivité des entreprises. La litanie
sur le renchérissement du « coût du travail » n’a pas lieu d’être.

Pierre Khalfa est porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, membre du
Conseil scientifique d’Attac.

Article du Monde paru dans l’édition du 13.02.10


Le Monde

Commentaires

mardi 2 mars 2010 à 18h06

Haaaa… Les beaux discours, des méchants actionnaires… Ce qui est assez comique en France, c’est qu’on pense toujours aux grandes sociétés versant des dividendes aux actionnaires, mais que les TPE/PME représentant une grande partie de l’emploi sont systématiquement oubliées.
Ces « petites » sociétés paient les mêmes cotisations que les grosses, une augmentation des charges patronales entraînera évidemment une baisse de la productivité de ces entreprises. Merci à M.Khalfa de penser aux jeunes diplômés.. Les hausses de charges seront répercutées sur les salaires d’embauche, ou bien sur le coût des produits et services.. Certes la retraite sera plus élevée, mais le sera-t-elle plus que l’augmentation mécanique des produits et services ?

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